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Réponse à une Note que je ne publierai pas tant je la trouve déplacée.

Madame,

j’apprécie beaucoup votre certitude qu’il y a une manière de bien écrire, que l’on doit faire ceci ou cela, éviter les lieux communs dans l’incipit, ne pas embêter le lecteur en lui faisant remarquer qu’on ne veut pas tout lui dire et bien sûr mal m’en a pris, non pas comme vous le supposez, de dévoiler les techniques de narration, mais au contraire d’introduire des points de suspension qui ouvrent le récit. J’apprécie que, malgré votre réticence devant les défauts de ce texte, et il en a certainement, vous soyez allé jusqu’au bout de votre lecture pour me donner tous ces conseils si utiles : Il faut lire et relire les classiques et les bons romans contemporains, soyez assurée que non seulement je suivrai votre prescription mais que je n’ai pas attendu votre compte-rendu pour le faire. Prenez garde toutefois de ce que le style n’est pas là pour illustrer le propos, à vouloir un style qui corresponde si bien à ce que l’on veut exprimer on risque de ne plus rien exprimer du tout sinon que l’on a bien appris les règles de la rhétorique et que l’on sait si bien les appliquer.
Vous avez jugé le style à l’aune de critères normatifs, vous êtes au regret de m’informer que celui-ci ne correspond pas à ce que l’on attend d’un romancier, et je devrais me plier au désir du lecteur, lui donner ce qu’il attend. Je ne prétend pas que mon texte soit parfait mais il y a au moins une chose dont je suis sûr, le romancier n’est pas là pour donner au lecteur ce qu’il attend, la littérature c’est tout le contraire de cela et si le lecteur n’est préoccupé que de l’histoire qu’on lui raconte c’est assurément qu’il ne sait pas lire.
Je ne vous concéderais qu’une chose, les lieux communs, indices dites-vous d’un manque patent de lecture, persuadée que vous êtes que la littérature est affaire d’imitation et de reproduction, vous n’avez pas pensé une seconde qu’il puisse au contraire s’agir d’un refus d‘une certaine belle langue, d’un certain travail devenu académique, le même refus qui faisait dire à Antonin Artaud :
Tous ceux qui ont des points de repère dans l’esprit, je veux dire d’un certain côté de la tête, sur des emplacements bien localisés de leur cerveau, tous ceux qui sont maîtres de leur langue, tous ceux pour qui les mots ont un sens, tous ceux pour qui il existe des altitudes dans l’âme (...) sont des cochons. (Le Pèse-nerf).
Songez à ce que vous devriez penser de l’art naïf si vous refusiez tous les lieux communs. Ce ne sont pas les lieux communs qui doivent vous rebuter mais ce que l’on en fait, vous me reprochez par exemple le lieu commun "...le château de cartes..." qui s'effondre en même temps que les illusions, relisez le texte, il s’agit justement ici d’exprimer un brusque retour à une réalité banale à pleurer, d’une certaine façon le lieu commun s’impose ! vous proposez même que j’achète un dictionnaire des lieux communs à éviter ! Et pourquoi pas un dictionnaire des bonnes idées pour faire un bon roman bien dans l’esprit de ce que les lecteurs attendent de ce type de produit !
Désolé madame mais ce texte est bien le genre de textes que l’on présente sur e-litterature.fr, des textes qui n’ont sans doute pas la perfection de textes bien propres sur eux mais qui ont réellement quelque chose à exprimer que le lecteur n’attend pas. J’ai le regret de vous le dire ce n’est qu’en sortant des ornières toutes tracées d’un certain académisme que les vrais auteurs parviennent à se faire entendre.


Penvins